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L'ÉPIDÉMIE DE TYPHUS DE 1938


L'ÉPIDÉMIE DE TYPHUS DE 1938

Texte du Dr Serre, responsable de l'Hôpital de Khenifra à cette époque. Je remercie sa famille qui m'a permis de le publier. Merci de ne pas faire de copie sans me prévenir pour l'en informer.

            C’était un dimanche de mars 1938 resplendissant de soleil, le premier après un mois maussade, et le souk regorgeait d’une cohue bariolée. Les consultants qui attendaient sous le porche s’écartèrent, prudents, devant un adulte titubant, le regard perdu comme dans un rêve, les yeux injectés de sang, le regard vultueux. Il semblait ne pas entendre nos questions, puis répondait lentement, en laissant entrevoir une langue « rôtie » qu’il n’arrivait pas à sortir. « Typhus », me dit Si Mohammed en m’écartant. Tout le monde avait déjà fait le diagnostic. C’était le premier que je voyais.

            Le typhus, maladie contagieuse transmise par le pou, était la terreur du vieux Maroc, et son prestige rejaillissait jusqu’à nous, arrivant en tête de nos soucis épidémiques, auréolé par l’ampleur des hécatombes spectaculaires d’autrefois. Un cas  de typhus provoquait une grosse émotion, un grand branle-bas, et des mesures d’urgence pour protéger la collectivité. Il fallait aussitôt le signaler par télégramme, faire une enquête sur sa filiation, isoler le village ou le douar du malade, en épouiller tous les habitants, puis fournir à l’administration des rapports détaillés sur les nouveaux cas et rendre compte chaque semaine, pendant des mois, de l’évolution du foyer épidémique et des mesures prises.

            Notre typhique fut isolé et épouillé selon les règles, mais comme personne ne le connaissait et ne put obtenir à son sujet le moindre renseignement, on n’en fit pas davantage. Il mourut au bout de quatre jours, et il n’allait malheureusement pas être le seul.

            Dès que les fouilles du pavillon indépendant de l’hôpital furent achevées, je harcelai l’entrepreneur afin qu’il poussât la construction, et j’insistai auprès du service des Affaires Indigènes pour que les fournitures de ciment et de moellons parvinssent au fur et à mesure des besoins. Lorsqu’il fut terminé, nous fîmes aménager d’urgence un bloc d’isolement donnant sur une cour comportant deux chambres, une salle d’épouillage, une douche et des cabinets d’aisance, comme si, en cas de véritable épidémie, cela eût pu suffire…

 

            En 1937, les sauterelles et la sècheresse avaient réduit le Sous à la disette. Malgré la promptitude des secours, les habitants, pris de panique, s’étaient enfuis par petits groupes et les contrées plus riches, d’où un brassage de populations considérable, propice à la propagation d’une épidémie. De nombreux cas de typhus apparurent, mais, grâce aux mesures prises dans les villes et sur le trajet des migrants, le refoulement de ces derniers dans leur région d’origine, le principal foyer resta dans le Sous.

            Mais en ce temps-là, chaque année, de nombreux travailleurs saisonniers quittaient le Sous pour aller faire les moissons au nord de l’Atlas et se répandaient dans tout le Maroc. Venant de la zone contaminée, ces travailleurs, sans hygiène, vêtus de haillons, la plupart couverts de poux et dormant l’un contre l’autre, pêle-mêle, dans des gourbis ou à la belle étoile, étaient des agents de dissémination rêvés. Il était cependant aussi impossible de les empêcher de quitter leur pays que de faire la moisson sans leur concours. Or, fin mai 1938, des renseignements précis confirmèrent nos craintes : le typhus s’avançait à leur suite comme une marée. Très vite, les responsables prirent conscience du danger. Sans panique, partout, la lutte s’organisa. A l’entrée des villes, dans de vastes espaces entourés de clôtures, des centres d’épouillage furent créés, et les vagabonds, arrêtés, épouillés et isolés quelques jours. Enfin, il fut interdit de circuler d’une ville à l’autre sans certificat d’épouillage.

            Depuis des temps immémoriaux, les moissonneurs arrivaient chez nous à Khenifra par le sud-ouest, en suivant l’étroit couloir qui va de l’Oum er Rbia aux premiers contreforts du Moyen Atlas. Ils moissonnaient d’abord le bas-pays et gagnaient ensuite la montagne, où les orges et les blés ne sont mûrs que beaucoup plus tard. Or, vers les Aït Issehac, ce couloir est à ce point resserré que l’oued arrive presque au pied de la montagne. La topographie nous imposait notre programme : si nous parvenions à contrôler ce couloir, large à peine d’un kilomètre, nous aurions une chance d’en intercepter le plus grand nombre. C’est ce que nous fîmes.

            Le commandant du cercle, les Officiers des Affaires Indigènes, les chefs marocains, tous répondirent à notre appel et conjuguèrent leurs efforts pour nous aider., et, comme notre action ne porterait que sur de pauvres gens étrangers à la tribu, aucune interférence ne jouerait en leur faveur pour l’entraver. Un centre d’épouillage fut installé tout près d’Aït Issehac, au bord d’un petit oued - simple champ clôturé d’une barrière de lauriers roses tressés et divisé en deux compartiments. Dans le premier, les travailleurs se déshabillaient avant de subir un bon savonnage dans l’oued, puis ils attendaient dans le second, à l’ombre d’une tente, tandis que leurs vêtements, ébouillantés dans une lessiveuse, séchaient au soleil. C’eût été simple et facile si tous les moissonneurs n’avaient, par tous les moyens, cherché à s’esquiver. On ne doit pas faire bouillir des vêtements de laine ; or, c’était de vêtements de laine, presque exclusivement, que ces voyageurs étaient vêtus. La perspective de les voir ainsi gâtés n’était pas faite pour les allécher… C’était malheureusement le seul moyen dont nous disposions pour détruire les poux, et la provision de djellabas et de chemises que nous avions à distribuer fut vite épuisée. Nous ne parvînmes à les capturer qu’au prix de multiples embuscades, de véritables chasses à l’homme, d’interminables parties de cache-cache dans les broussailles et les genêts – mais le côté sportif de l’opération stimulait goumiers, moghaznis et civils, aussi la chasse se révéla-t-elle fructueuse.

            Certains jours, nous épouillâmes jusqu’à cent personnes. Quand on songe que nous avons retiré, certains soirs, au fond de nos lessiveuses, plusieurs litres de cadavres de poux, on se rend compte à quel point cette mesure était opportune… Trois ou quatre fois par semaine, je faisais le voyage entre Khenifra et les Aït Issehac, examinant les suspects et au besoin les transportant, faute d’ambulance, dans le spider de ma voiture.

            L’hôpital en construction, l’épidémie de typhus avec ses suspects et ses contagieux qu’il fallait isoler, les malades hospitalisés, la consultation et les soins courants, les petites interventions auraient donné assez de travail à trois médecins.

            Au bout de quinze jours, nos salles d ‘isolement furent combles. Les Aït Oumalou me prêtèrent alors deux grandes tentes que nous installâmes sur une plate-forme, derrière l’hôpital, dans un enclos de barbelés gardé nuit et jour. L’une devint celle des suspects, l’autre celle des typhiques confirmés, et toute communication entre elles fut rendue impossible.      Jusqu’au mois d’août le barrage parut efficace et les tribus locales semblèrent épargnées par l’épidémie, car mes typhiques ne provenaient encore, en quasi-totalité, que du centre d’Aït Issehac. Cependant, les jours de souk, des étrangers parvenaient à pénétrer chez nous sans être contrôlés. Nous avions beau faire visiter et désinfecter les cars à leur arrivée, exiger les certificats d’épouillage, beaucoup passaient à travers les mailles du filet… Nous ne pouvions quand même pas provoquer l’asphyxie d’un pays de plus de cinquante mille âmes en supprimant les souks. Vers le quinze août, malgré les mesures prises, plusieurs cas se déclarèrent en ville et dans les environs. L’épidémie nous enserrait lentement, progressivement, on sentait le typhus s’infiltrer un peu partout.

            Alors, je prospectai les fondouks, les cafés maures, les maisons de prostitution, obligeant chaque matin les tenanciers à étaler au grand soleil toutes leurs couvertures et leurs nattes. Nous isolions et hospitalisions par fournées. Chaque suspect devait être aussitôt signalé, mais certains chefs marocains se firent trop souvent complices des malades et de leur entourage et n’exécutèrent pas les ordres reçus. C’était une brèche importante dans un dispositif qui ne tolérait pas la moindre faille.

            Tantôt on nous avisait de la présence d’un typhique sous le porche, reconnaissable au vide qui s’était fait autour de lui, tantôt c’était la découverte en ville d’un homme gisant dans un demi-coma, recroquevillé et raidi, la peau brillante piquetée de points rouges, et les brancardiers l’emportaient… D’autres fois on butait dans un coin de rue sur un mort entouré d’un essaim de mouches. Il était déshabillé, couvert d’un drap et emporté à la morgue, tandis que ses vêtements, arrosés d’essence, brûlaient sur place.

            Un soir, Si Mohammed me tira par la manche : « Viens voir, suis-moi », et il m’entraîna, dans un dédale de ruelles, vers le fondouk de Slimane. Ni gardien, ni mulet, ni bourriquot, le vide, celui qui se produit dans les lieux où chacun a peur de se compromettre – rien que de grosses mouches et leur ronde exaspérante. Deux cadavres gisaient dans une petite pièce, l’un d’eux à demi caché par une botte de paille. C’étaient deux pauvres hères décharnés, à demi nus, roulés dans une toile de sac. Le fond de la misère humaine. On dénicha le gardien, mais il ne savait rien, il venait seulement de découvrir les corps. Ces typhiques abandonnés n’étaient que rarement des Aït Oumalou et nous ne pouvons jamais obtenir le moindre renseignement sur eux. D’où venaient-ils ? Qui les connaissait ? Qui les avait déjà vus ? Qui les avait déposés en cet endroit ? La réponse était immuable : « Je ne sais pas, je ne l’ai jamais vu, je ne le connais pas ». Si la maladie frappait un habitant du pays, sa famille le cachait au plus profond de sa demeure, disant aux voisins qu’il était parti en voyage. D’ailleurs il y avait une telle complicité que ces précautions étaient inutiles : la crainte d’être isolé et épouillés nous entourait d’un mur de silence. Seuls, de temps à autre, des notables me faisaient appeler pour être traités à domicile.      

            Dans le bled, nous pouvions, en comptant les tombes fraîches des cimetières, déceler les zones particulièrement atteintes, mais comme il y en avait partout et que la population était nomade, chacun jurait que ces morts n’étaient pas les siens, et cerner un village ou un douar, le fouiller sur un simple soupçon de typhus aurait été considéré, en cas de méprise, comme une intolérable brimade. Dès lors, sans renseignement précis, dans un secteur aussi vaste que le pays Oumalou, il nous était très difficile de localiser les foyers, et on ne voyait pas comment sortir de cette impasse. Le mois de septembre s’acheva dans une atmosphère oppressante : le typhus semblait décidément le plus fort. Comme nous étions à la fin de l’été et que le nombre de cas allait croissant, nous pouvions craindre le pire pour l’hiver, saison où les épidémies de typhus sont toujours plus graves. Pourtant, la lutte se poursuivit, sans relâche, acharnée.

            Par tous les moyens de propagande dont nous pouvons disposer (action des fonctionnaires, des caïds, des membres du tribunal coutumier, discours par les hodjas ou les infirmiers dans les souks ou au mejless, nous insistions sur les dangers que faisaient courir les poux et nous proclamions à tous les échos : « Lavez vos vêtements, étendez-les au soleil, n’hébergez pas de vagabonds, évitez de voyager et de vous réunir en groupes, n’allez au souk que si vous ne pouvez pas faire autrement… »

            Ces discours ont-ils servi ? À ce moment-là, je le croyais. Mais il est probable que le nomadisme des Aït Oumalou, qui ne leur permettait d’emporter avec eux que le minimum indispensable, furent nos meilleurs alliés dans la tribu.

 

            « C’est moi qui soignerai les typhiques » proposa Si Mohammed. Je suis le plus vieux et je n’ai pas d’enfants, c’est donc ma place plutôt que celle d’Abdelkader ou Moha. Dieu est grand, ne t’inquiète pas. Mais il faut que tu me donnes un aide. » J’acquiesçai. C’était déjà un grand soulagement d’avoir un homme sûr dans ce rôle essentiel.

            N’ayant été autorisé de recruter qu’un seul homme supplémentaire pour faire face à l’épidémie, le personnel de l’hôpital déjà très réduit, le fut bien davantage encore quand il fallut détacher Si Mohammed et cet homme de peine au lazaret. Je supprimai les congés, ce qui fut accepté sans le moindre murmure. Mais deux nouveaux infirmiers eussent été indispensables… À toutes mes demandes, l’administration fit la sourde oreille, nous répondit en invoquant le manque de crédits et la nécessité de lutter sur tous les fronts. Arguments sans réplique.

            Dans les tentes, nous avions allongé nos typhiques sur des nattes, couvertes d’une alèze. Les infirmiers les faisaient boire jour et nuit, toutes les deux heures, leur administraient à intervalles réguliers des tonicardiaques et, de temps en temps, les aspergeaient d’eau fraîche. Il ne leur restait plus un instant de repos.

            L’été 1938 fut torride. La chaleur, concentrée pendant le jour dans la cuvette de Khenifra, devenait étouffante la nuit, sous les tentes. Pour comble, chaque après-midi vers quinze heures, un vent chaud s’élevait soudain, entraînant un nuage de poussière rouge de plus de cent mètres de haut, qu’on voyait s’avancer du fond de la vallée comme un mur… Vite on fermait portes et fenêtres, on baissait les pans des tentes, on jetait un drap sur les malades, et l’ouragan passait en faisant claquer le toit des tentes comme des drapeaux. Une demi-heure plus tard, c’était le calme absolu. Il ne restait comme trace de la tornade que cette poussière rouge qui recouvrait tout et qui crissait sous les dents. Mais ce coup de chergui quotidien épuisait les hommes et sonna chez nombre de nos typhiques l’heure fatale. Ces pauvres morts ne nous embarrassaient d’ailleurs pas longtemps. Nous téléphonions aussitôt au khalifa du caïd qui ordonnait une quête parmi les commerçants de la ville pour l’achat d’un linceul et envoyait le laveur des morts. Deux heures après, le cadavre était enterré.

            Soigner ainsi des grabataires, presque tous inconscients, certains même dans le coma, tenait de l’héroïsme.  Deux hommes étaient indispensables pour leur faire absorber le moindre liquide, car il fallait, pendant qu’ils buvaient, tenir à-demi assis leurs corps raidis. Un tiers d’entre eux n’arrivant même plus à déglutir, il ne nous restait, pour ceux-là, qu’à les attacher sur des brancards pour pouvoir effectuer les perfusions veineuses indispensables, ce qui était très long. Ajoutons les soins élémentaires, tels que laver, administrer des lavements, sonder, changer quotidiennement le linge souillé et on aura une idée incomplète de la peine qu’ils nous donnaient.

            Si encore il n’y avait jamais eu de formes délirantes… Mais quelquefois, il fallait mobiliser en hâte le ban et l’arrière-ban de l’hôpital pour maintenir un agité. C’est ainsi qu’un soir, un adulte, taillé en hercule et qui supportait allègrement son typhus, assis toute la journée sur le seuil de la tente, se leva soudain et courut se jeter dans l’oued au bas du lazaret. Des témoins le repêchèrent, nous lui donnâmes des calmants et il reprit sa posture habituelle… Un peu plus tard il récidiva et plusieurs personnes furent nécessaires pour le maîtriser et lui passer une camisole de force. Il mourut subitement, après quarante-huit heures d’agitation et de délire.

 

            Au début de l’automne, divers indices, la surveillance minutieuse des transhumants et une certaine prise de conscience de la population nous permirent enfin de localiser quelques petits foyers. Les bonnes volontés se firent alors plus nombreuses, la collaboration plus spontanée. Cela suffit-il à faire pencher le fléau de la balance ? En tout cas, dès novembre, le nombre de patients décrut et il ne cessa de décroître par la suite.

            Je me demande aujourd’hui comment nous avons pu tenir sans défaillance pendant l’été et l ‘automne 1938. Il semble que, dans certaines occasions, il y ait des grâces d’état qui veulent que, pour parer à une tâche pressante, l’organisme humain devienne plus résistant, plus réfractaire à la fatigue, et que ses possibilités soient décuplées.

 

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            Sept ans plus tard, je dus faire face à une nouvelle recrudescence de typhus, car la disette de 1945 avait provoqué le départ de nombreux habitants des campagnes. La plupart s’étaient entassés aux portes des villages dans de misérables campements.

            Combien, en comparaison de 1938, la prophylaxie fut plus efficace ! Depuis quelques mois, en effet, la poudre DDT arrivait par tonneaux. Comme nous disposions d’un important stock de linge et de vêtements pour les miséreux, nous fimes annoncer, à grand renfort de publicité, qu’une distribution gratuite pour les pauvres aurait lieu tel jour à telle heure, en tel endroit. Tout le monde voulut profiter de l’aubaine, aussi une foule de vagabonds, au nombre de plusieurs centaines, et aussi quelques resquilleurs, se présentèrent. La distribution eut lieu, mais pour sortir, il fallait passer dans une chicane où chacun recevait une bonne dose de DDT que nous pulvérisions dans les vêtements. Nous fîmes de même dans tous les abris des vagabonds.

 

            Le service de la Santé Publique au Maroc a payé au typhus un lourd tribut, au cours de l’épidémie de 1938. Le nombre des atteints fut si élevé parmi les médecins et les infirmiers qu’on les contraignit à se faire vacciner avec un vaccin fraîchement expérimenté, les compagnies d’assurance refusant de garantir ceux qui ne le seraient pas.

            Pendant cinq mois nous avons quotidiennement côtoyé et soigné des typhiques. Par quel miracle aucun d’entre nous ne fut-il atteint ? Toujours les grâces d’état… Il y a des mystères qu’il ne faut pas chercher à percer.

            Se protéger du pou était illusoire, il y en avait tellement ! Ils tombaient des djellabas, couraient sur le sol, grimpaient à vos chaussures, quand ils ne passaient pas tout simplement de la chemise du malade que vous examiniez à votre propre blouse. Que de fois, après ces grosses consultations de souk qui m’obligeaient à approcher jusqu’au contact une multitude de gens, n’ai-je pas senti à la ceinture ou dans le dos une démangeaison cuisante !

 

            Le typhus attendit cependant décembre 1941 pour prendre chez nous son tribut. Notre vieil infirmier Sidi Mohammed Bou Abadi, qui s’occupait des contagieux, le contracta alors et mourut au bout de huit jours. Ce fut une très grande perte pour l’hôpital et un deuil que nous ressentîmes tous, car Sidi Mohammed était le patriarche écouté, l’exemple vivant pour le personnel. Charitable, dévoué, profondément religieux, pendant l’épidémie il resta jusqu’au bout l’infirmier du lazaret.  Il fit alors preuve d’un courage et d’une énergie peu commune et ne voulut jamais avouer qu’il était fatigué, ni se laisser remplacer par un autre. Saluons cette humble victime du devoir.