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LE CAPITAINE CASSOU

DVD « LE CAPITAINE CASSOU »

(bande-annonce du film et diaporama au bas de la page)


"LE CAPITAINE CASSOU", 2007, long-métrage 1h 15', documentaire historique / portrait

Angle de vue sur le protectorat de la France au Maroc.

Depuis 35 ans que je fréquente les Aït Seghrouchen du Tichoukt, j'ai maintes fois entendu parler du Captaine Cassou. Mais quand j'ai décidé de réaliser ce film, j'ai compris qu'il était indispensable de remonter beaucoup plus haut dans l'histoire, et rappeler toute la relation franco-marocaine dans la première moitié du XXe siècle, avec un fil directeur : 45 ans de protectorat, 40 ans de guerres. Marocains et Français face-à-face ou côte à côte, de la guerre du Rif aux événements précédant l'indépendance, en passant par la Tunisie, l'Italie, la Corse, la Provence, les Vosges, l'Indochine, l'Algérie. Les guerres sont inséparables de l'histoire du protectorat, surtout si l'on parle des Berbères. C'est le propos de la première partie du film.

Dans une deuxième partie, les Berbères racontent le capitaine Cassou, Officier des Affaires Indigènes en poste dans ces montagnes dans les années 1940 : sa personnalité (forte), son ¦uvre (étonnante), le souvenir qu'il a laissé chez ceux qui l'ont connu (surprenant). Evoqué à soixante ans de distance, le capitaine Cassou est devenu un personnage de légende, comme les officiers qui ont combattu ces Aït Seghrouchen dans les années 1920 : Laffite, Bournazel...  Mais le portrait vrai, dans le film, est celui du petit peuple des montagnes marocaines. Et ce qui n'y est pas dit, mais qui en est le message fort, c'est l'incroyable attachement que les vieux Berbères ont gardé pour la plupart des officiers français, et en particulier pour ce capitaine qui était dur (très dur), mais juste disent-ils, et qui vraiment travaillait pour améliorer le sort des paysans, ce qui a rarement été le cas pendant les quelque quarante-cinq années qui ont suivi l'indépendance, dans l'Atlas marocain qui ne fait pas partie du "Maroc utile", selon l'expression consacrée. Entre autres réalisations, une seguia de 12 kilomètres perchée dans des endroits impossibles, une vraie rivière pour laquelle on a percé les montagnes, bâti à flanc de falaise, et qui permettait d'irriguer un secteur paysannat de 5.000 ha. C'est encore, et même pour les enfants, la "seguia de Cassou".

Le film n'est pas une apologie du protectorat, ce n'en est pas non plus un blâme. J'y parle des hommes. On y voit aussi ceux qui sont allés s'instruire au combat contre la colonisation dans l'Egypte pré-nassérienne, et qui sont devenus des héros ou des martyrs pour leurs compatriotes. Je veux croire qu'on peut enfin commencer vraiment à parler de ces moments de l'histoire commune des Français et des Marocains, avec des points de vue différents bien sûr, mais apaisés.




DIAPORAMA : BOULEMANE 1944 - 1948

La 1° diapositive : Jour de distribution des prix.
- Caïd Saïd ou Lahoucine (Aït Youssi du Guigou)
- Caïd Saïd ou Mohand (Aït Seghrouchen de Sidi Ali)
- Caïd Ahmed ould Mohand (Aït Youssi d'Enjil)
- Capitaine Lucasseau
- Instituteurs (MM. Renaud et Adlouni, MMES Oger et Dorelon)


Autres diapositives : Quelques-unes des réalisations de Cassou, dans les montagnes autour de Boulemane.

La main d'oeuvre pour les travaux était fournie par :

    * la corvée obligatoire, tradition qui existait avant le protectorat (en principe 15 jours / homme / an)

    * les prisonniers, surveillés par les moghaznis : les voleurs avaient droit aux fers, et travaillaient avec des anneaux aux pieds, reliés à la taille par une chaîne ; le sort des autres était plus doux. Il arrivait que se présentent des "prisonniers volontaires", surtout en hiver... Mais dans cette région de Boulemane, tous les témoignages concordent pour dire que tous les jeunes qui traînaient dans la rue ou au souk se retrouvaient "prisonniers", avec une pioche dans les mains, sans aucun salaire, ce qui explique le nombre de réalisations, exceptionnel, dans cette région...

    * Cette période fut aussi celle de terribles famines (45 - 47) qui auraient été impossibles à juguler sans le blé américain, la France étant ruinée par la guerre : certains travaux (en particulier le pont de Taferdoust) furent exécutés contre un paiement en nature, surtout de la farine.

Quelques précisions :

- Internat primaire : Illustration de la volonté de la France de former une élite berbère. Les trois premiers jeunes boulmanis envoyés au lycée d'Azrou ayant été exclus au cours de leur première année, on a jugé utile de construire un internat pour les dresser un peu mieux...

- Sur la photo des écoliers, on distingue la mèche de cheveux distinctive (les goumiers la portaient encore pendant la campagne de France) : elle prenait naissance sur le sommet du crâne pour les Aït Seghrouchen, et sur le côté pour les Aït Youssi d'Achlouj.

- La seguia de Skoura est un ouvrage conséquent : 12 km de long, irrigation d'un secteur de 5.000 ha (Mdez). La seguia a été construite par les goumiers revenant de guerre, qui pouvaient ainsi obtenir une terre irriguée grâce aux travaux.

- Les sources - abreuvoirs ont été aménagées dans tous les villages de la région. Parfois des acqueducs canalisent l’eau qui vient de sources éloignées.

- La plutart des pistes avaient été aménagées dès la période de « pacification », pour des raisons à la fois militaires et économiques. En 1945 – 1950, le réseau a été complété, en particulier par les pistes Tint – Aïn Noccra, Skoura – El Mers, Achlouj, Sof, et bien d'autres…

- Cette période fut marquée par d’autres réalisations, en particulier une école dans chaque village, des dispensaires, un hôpital, des ponts qui remplacent les radiers, etc.

Le film "Le Capitaine Cassou" donne de nombreuses précisions sur ces sujets.

Merci à Catherine Lucasseau-Cousin et Annick Lucasseau pour les photos d'époque.
Les notables 
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