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TIMDANIN DES AÏT YOUSSI - HAÏDOUS

Photo : Haïdous chez les Aït Haddidou (Haut Atlas Central)

Le Haïdous est la danse des Berbères du Moyen Atlas. A cette occasion, hommes et femmes, en lignes ou en cercles, chantent en répons, au son des bendirs (tambourins) et parfois de la kamenja (violon berbère). Les thèmes sont l’amour (jamais facile), l’amitié virile (idem) et les malheurs de la vie (nombreux)…

Je remercie les filles du Capitaine Lucasseau, Catherine et Annick, qui m'ont confié ce document.



Poésies des Aït Youssi d’Enjil (sélection)
recueillies en 1944-1948 par le Capitaine Lucasseau,
« Officier des Affaires Indigènes » à Boulemane


Refrain :
Ton cœur désire-t-il du thé ?
Attends, Par Dieu, que les Européens nous donnent la solde.

1/
    Je me souviens de ces chevaux de course aujourd’hui disparus !
    En entendant parler la poudre ils commençaient à piétiner !

2/
    Malgré la propreté de son plumage, le vautour manque d’amour-propre.
    L’aigle vaut mieux, lui qui chasse les ramiers et rapporte de la chair fraîche !

3/
    La belle bride bleue fabriquée à Fès est égarée ! Et toi, beau cheval bai,
    Ayant troqué le bât contre la selle, tu es conduit par le Juif !

4/
    J’ai donné un beau burnous à la traîtresse qui se gausse de moi,
    Et invite chez elle des gens qui s’amusent avec les objets que je lui offris !
   
5/
    O mon ami, je t’ai considéré comme un parent, je t’ai fait confiance,
    Alors que tu me coupais les jarrets ; vois comme je me suis trompé !
  
6/
    J’ai partagé ma vieille cape avec mon ami, et celui ne daigne plus me parler!  
    Ses messagers ne viennent plus me voir – comme si j’étais mort !

7/
   Tu détournes le regard, ô toi que j’aime, et je suis telle la vigne dépouillée de feuilles !
   Quand j’étais généreux et ne refusais pas la main tendue, vertes étaient mes feuilles !

8/
   Par le Très-Haut qui fait grandir, que les hommes sont ambitieux !
   L’indigent qui n’a pas de quoi dîner veut se faire faire des dents en or !

9/
   L’or ne sied qu’à celles qui se soignent et dégustent des ragoûts !
   Mais toi, tu es comme toute nue, te contentant de maïs et de modestes mets !

***

Refrain :
Ô lâche les freins, nous sommes à présent dans la plaine !

5/
   Celui qui possède un amant convenable
   Est pareil à l’acheteur d’un terrain irrigable.

6/
   Ô toi à l’œil noirci à l’antimoine, tel le moulin
   Qui écrase les céréales, tu blesses le cœur à l’intérieur ! 

7/
   Ayant comblé de bonheur mon ami,
   Je suis récompensé par médisances et calomnies !

****

Refrain:
Je ne manque de rien sauf de thé !

7/   
   L’ami m’a chargé d’un lourd fardeau mal équilibré,
   Si je le porte, il m’endolorit, et si je ne le fais point, il me blâmera !

9/
   Lorsqu’elle veut de l’argent elle désigne la balance,
   En disant : « Qui donne sans avoir reçu au préalable ? »

****

Refrain :
Où sont thé et menthe ? La théière t’a jeté
Dans le ravin, et le courant t’a emporté !

2/
   Bel ami, les envieux m’ayant annoncé ta mort
   J’ai apporté linceul, et t’ai trouvé bien vivant !

4/
   Je te fais savoir que l’amante ayant accouchée
   Deux fois, devenue vieille, n’est plus bonne à siroter le thé !

5/
   Ô vous qui enterrez l’époux de mon aimée,
   Inhumez-le bien, qu’il ne ressuscite point, cet infidèle !

8/
   J’ai fréquenté filles aux rouges pommettes et  chevauché beaux  destriers,
   Est inégalable le plaisir de monter en selle !

9/
   Toi qui connais le plaisir de chevaucher et l’amour, lequel des deux
   Est plus beau, et justifiable de la vente de mes brebis ?

10/
     Lorsque tu prépares la couche de ton époux je pense à toi,
     Et je vis dans la crainte que tu m’oublies !

13/
     Pose-toi à mes côtés, ô avion, que je monte
     Et aille voir les gens de Tunisie.

16/
     Tout est cher en ce Bas-Monde, exception faite pour la
     Chair des filles de joie ; hélas je ne l’ai point achetée !

****

Refrain :
Observe, combien m’est cher mon compagnon !

3/
    Ô veuve, on s’interroge à ton égard, car le docteur t’attend,
    Et le mokhazni, à la sortie, annoncera tes maladies !

5/
    Envolée la pudeur, ô femmes, car nous ne sommes plus mariées,
    Triste est notre sort puisque le docteur va nous dénuder jusqu’au nombril !

7/
    Lorsque le médecin m’aura examinée, je ne vaudrai rien.
    Où trouverais-je un mari qui ne m’insultera point lorsque nous nous disputerons ?

****

Refrain :
Je convolerai avec toi, bel ami,
Pour que tu ne donnes point ton bien à une autre !

1/
    Si ma poitrine était transparente, tu verrais, ô bien-aimée,
    Que mon cœur est déchiré, ô toi qui ne faisais point confiance !

2/
    Quel malheur, Dieu m’ayant transformé en chacal, je ne suis aimé de personne.
    Même ceux qui n‘ont pas de moutons poussent des cris en me voyant !

3/
    Quel malheur d’avoir bu cette eau stagnante sans me désaltérer,
    Alors qu’il existe de sources dont la seule vue étanche la soif !

4/
    Au moment de me séparer de ma bien-aimée suis assailli par les regrets !
    Après deux jours de séparation je ne veux plus d’elle ; la voir ne me dit rien !   

****

Refrain :-
 (qu’on pourrait traduire par « ô toi !»)

1/
   Belle amie, lorsque tu acceptes, a wa !
   Viens sans messager chez moi, a wa !

2/
   Ô tatouage sur le dos de la main, a wa !
   Tu excites en moi la flamme, a wa ! !

3/
   Puissé-je savoir par où je suis atteint, a wa !
   Sont-ce les tatouages ou l’influence des marabouts, a wa !
  
****

Chants d’autrefois   (timawayin tiqdimin) :-

1/
   L’avion peut se poser comme s’il s’asseyait les jambes croisées,
   Il peut galoper sans jambes et voler sans plumes.
   L’homme du Gharb et celui de Bou Denib se parlent au téléphone.
   Le Roumi combat les Berbères, les Arabes, et possède des bombes,
   Je ne sais quoi inventer pour le repousser !

2/
    Si elles broutent c’est qu’elles trouvent de l’herbe, elles partent
    Lorsqu’elles n’en trouvent point ; ainsi font les femmes aux amoureux !
   
3/
    Depuis ma naissance en ce Bas-Monde, c’est comme si je
    Montais un cheval rétif ; ni je n’avance ni je ne tombe !
   
6/
    Ô Musulmans, sachez que celui qui vide forces théières
    Est comme celui qui introduit un rat dans son grenier, ses provisions seront dévorées!

8/
    Accorde-moi, Seigneur, richesse ici-bas, ou emporte-moi
    Dans l’Au-Delà, avec sur ma tête des pierres érigées en tas !

1/
    Puissé-je mourir par temps heureux afin de t’emporter sous terre, ô douceur d’ici-Bas! 
    Mais je reste vivant, la misère m’accable, et le maghzen augmente mes peines !

2/
   Les Ayt Atta, comme les Beni Mguild, les Ayt Izdeg et les Beni Mtir se sont enfuis,
   C’est une honte pour l’Islam, sans cadavre laisser sur le terrain ; au Tizi El-Amchane
   l’honneur vous a abandonnés !  

5/
   Nous nous sommes croisés, ô fortune, moi ne t’ai point vue, et toi tu ne m’as pas appelé !
   Alors que je passais par le côté, elle s’est dérobée dans un ravin, j’ai parcouru d’immenses forêts sans la rencontrer !

7/
    Que Dieu te glorifie comme la bouche du lion qu’on n’ose pas toucher pour vérifier sa
    dentition,
    Ô maître de la maison qui a organisé cette fête pour soulager les peines de mon cœur !

****

Refrain :
Ô malheur à moi !

1/
    Femme aux nombreux amants, tu es tel le cheval rébarbatif, l’un descend et l’autre monte,
    Tu es pareille à la pierre où les lavandières posent leurs vêtements !

2/
    Pauvre fille de joie, tu es pareille à la pierre d’ablutions de la mosquée,
    Chacun, faisant sa prière, te fait passer sur ses mains !

****

Refrain :
Ô Yamna, sont nombreux tes prétendants !

1/
    Que Dieu fasse monter l’amante inconstante sur un chameau coléreux par mauvais temps. Elle convoque ses amants presque tous à la fois : le premier à midi, le second l’après-midi, et le troisième vers le repas du soir !

****

Refrain :-

a wa, a wa ! Ô toi ! Ô toi !

2/
    Ô conducteur d’âne, lorsque ta bête est fourbue,
    Le bâton que tu as en main devient rouge de sang !

3/
   Ô douar bâti en bordure de chemin,
   Que de femmes seront enceintes des bûcherons !

5/
   Si je t’annonce que tout va bien,
   Je t’aurais menti, ô mon bien-aimé !

****

Refrain :-
a wa, ya buεazza !

2/
   Ô gens, voyez à quoi l’on reconnaît l’amoureux,
   C’est au rapiècement de son burnous !

3/
   En entendant le gazouillis matinal des oiseaux,
   L’amoureux sait qu’il doit se lever et s’en aller !

4/
   Puisse Dieu me laisser l’amour au cœur,
   Jusqu’à ce que la pierre tombale soit sur moi dressée !

6/
   L’amour est comme un messager nocturne,
   Ce n’est qu’à la nuit qu’il me parvient !

8/
    L’amour s’abat sur moi tel l’oiseau sur sa proie,
    C’est en plein cœur qu’il a posé son empreinte !

Haïdous 
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