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LES AÏT SEGHROUCHEN

Photo : Vieux guerriers berbères.

(+ diaporama au bas de la page)

Le texte ci-dessous est extrait du commentaire du film « Le Capitaine Cassou » (voir la rubrique "FILMS")
Le Tichoukt est aussi le lieu des randonnées organisées par les gîtes dont il est question dans la rubrique "RANDO TREKKING".


LES AÏT SEGHROUCHEN
(« gh » : râclement à l'arrière de la  gorge, entraînez-vous...)

Notre montagne, le Tichoukt, plus modeste que ses voisines (Ayachi 3.800m, Bou Iblane 3.600m) mais qui frôle tout de même les 3.000 mètres, est le domaine et la mère nourricière des Aït Seghrouchen, une tribu d'Arabes adarissa berbérisés. Elle donne l'herbe de leurs troupeaux, le bois de leur foyer, quelques terres à blé, et elle leur permet de dominer, dans tous les sens du terme, les tribus des plateaux environnants. Ici s'est déroulée, en 1924-26, la bataille du Tichoukt. Sur cet Olympe, les Aït Seghrouchen ont tenu deux hivers, dans la neige, encerclés par les troupes françaises et leurs supplétifs marocains, qui occupaient leurs villages, pillaient leurs maisons et leurs troupeaux, détruisaient leurs réserves. Les femmes et enfants des résistants étaient arrêtés et regroupés près de Skoura, dans des bâtiments encore visibles. L'armée française a eu le triste privilège de pratiquer au Maroc les premiers bombardements aériens de populations civiles de l'histoire, dont un sur El Mers, centre de la tribu Aït Serghrouchen. L'école a été touchée, un enfant et le fquih sont morts.

Privés de ravitaillement, les Aït Serghrouchen se sont rendus, affamés. Les tribus voisines ne leur ont fait aucun cadeau. Toutes avaient un compte à régler avec cette tribu guerrière qui les razziait régulièrement et leur faisait payer un tribut. On ne leur laissa pas un seul mouton. «Vous disiez que vous préfériez manger des pierres que subir la domination des Français, leur dirent les Aït Youssi, eh bien, mangez des pierres » (dans le film, témoignage de Mohammed Ardouz)

Quand fut signée la paix des braves, tous les jeunes Aït Serghrouchen, dont la tribu était ruinée, dont le père était mort souvent, se sont engagés en masse dans l'armée française, pour pouvoir vivre, tout en continuant à faire ce qu'ils savaient faire : la guerre. Ils ont quitté leur tribu et formé des bataillons d'élite : les goums, menés par des officiers français fiers de commander ce qu'ils considéraient comme les meilleurs soldats du monde. Ils ont d'abord participé à la conquête totale du Maroc, pendant encore huit ans, menant de durs combats contre la résistance berbère du Haut Atlas, puis de l'Anti-Atlas. Ce faisant, ils ne faisaient rien d'autre que ce qu'ils avaient toujours fait. Vous verrez peut-être Moulay Lahcen, 106 ans, qui a fait la guerre du Tichoukt et qui, dans un des derniers combats de la « pacification », en 1933, sur le djebel Saghro, a vu tomber le légendaire capitaine de Bournazel, l'homme à la casaque rouge.

Les goumiers sont repartis en 43. Il fallait libérer la France. Ceux du 2° GTM, en majorité Aït Seghrouchen, ont mené des combats en Tunisie, ils ont libéré la Corse (terrible bataille du Teghime), l'Ile d'Elbe, ils ont participé à la campagne d'Italie -ils étaient à Monte Cassino. Menés entre autres par le colonel Boyer de Latour, qui était marié à une femme Aït Serghrouchen, le capitaine Feaugas et le capitaine Lucasseau, bien connus autour du Tichoukt, ils ont débarqué en Provence et libéré Marseille, Briançon, ils ont durement combattu dans les Vosges pour libérer l'Alsace, ils ont percé la ligne Siegfried au-delà du Rhin et ils ont terminé leur périple en Autriche (Stuttgart) où le sultan Mohammed V est venu les féliciter.

Comme Si Akka ou Rhho, que vous verrez peut-être dans les rues de Boulemane, un jeune homme de 105 ans (125 dit-il), peut-être le soldat vivant le plus médaillé de France : Légion d'honneur, Médaille militaire, Croix de guerre avec palme et 7 citations, toutes obtenues au feu, Silver Star et Ouissam Alaouite, pour ne citer que les principales.

Sait-on que parmi les 13 soldats les plus médaillés de la dernière guerre, 11 sont Marocains… Pour ne parler que de ceux qui sont revenus.

Pour clore ce chapitre, je vais rapporter une dernière information, donnée par Michel Jobert qui faisait partie d'un tabor marocain, sur laquelle on pourra réfléchir. Quand nos Africains, et quelques soldats français de souche, menés par les officiers dont nous avons parlé, après avoir libéré la Corse, l'Italie et la Provence de l'occupation allemande, remontaient la vallée du Rhône, la Bourgogne et la Franche-Comté, des milliers de Français auraient pu se porter volontaires pour aller se battre avec eux. Deux l'ont fait. Sur 900 km. Deux. C'est pas beaucoup… Et l'histoire ne dit pas s'ils étaient Français de souche. Ils venaient peut-être d'Italie, ou de Pologne, ou d'Arménie, va  savoir.


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Sur les combats du Tichoukt et les participants :

Livres :
Dans le Tichoukt ont combattu, entre autres, les célèbres Laffitte, de Bournazel, de Lattre de Tassigny, Aage de Danemark, De Loustal, Poeymireau....
-    Vie et mort du Capitaine Laffitte, par le Dr P. Lalu (longtemps médecin à Boulemane)
-    Henri de Bournazel, l’épopée marocaine (H. Bordeaux, mais plusieurs livres ont été écrits sur Bournazel)
-    Avec Lyautey, homme de guerre, homme de paix par M. Durosoy (premier officier des Affaires Indigènes d’El Mers)
-    Le Maroc héroïque de Jean Vial (médecin sur le Tichoukt avec Laffitte)

Film :
Le Capitaine Cassou, de Francis Boulbés, 2007, documentaire historique / angle de vue sur le protectorat. L'histoire militaire franco-marocaine en 45 ans de protectorat. Un Officier des Affaires Indigènes, le Capitaine Cassou, sa personnalité, son œuvre, le souvenir qu'il a laissé autour du Tichoukt… Voir sur ce site rubrique "FILMS"

Web :
http://beaucoudray.free.fr/dldt.htm
http://membres.lycos.fr/ghilas/page3.html
Voir aussi sur ce site, dans la même rubrique "BERBERES", la page "GOUMIERS"

Moulay Ali Amghar 1925 
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