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LA DICTATURE DU SOUVENIR


Bannière : Almée du Caire (L'Illustration, 1925)
Ci-contre : 1° de couverture

Ceux qui, un jour au moins, n’ont pas exigé la virginité absolue des êtres et du monde, ceux qui ne se sont pas détruits à essayer d’aimer à mi-hauteur, ceux-là ne peuvent comprendre la réalité de la révolte et sa fureur de destruction. (Camus)

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Pour tout autre renseignement, contactez-moi : francis.boulbes@gmail.com


LA DICTATURE DU SOUVENIR, 150 pages, roman

En 2030, un très vieil homme qui vit cloîtré dans un appartement parisien revient sur sa vie. Il trouve dans son grenier des écrits qui font revivre le passé. Par sa fenêtre, il voit ce que ce monde est devenu... Un roman sur la jeunesse, la vieillesse, la vie, la mort, la passion amoureuse, le désamour, le souvenir, l'avenir...

En épigraphe de ce livre :
Quel amour ?
Celui de Dante mène aux Enfers,
Celui d’Œdipe à l’automutilation,
Celui d’Oreste à la folie,
Celui de Pâris à l’hécatombe,
Celui d’Abélard à l’émasculation,
Celui de Roméo au suicide,
Celui de Julien Sorel au crime,
Celui de Vronski à l’ostracisme,
Celui de Charles Bovary à la déchéance,
Celui de Swann à l’idiotie,
Celui de Des Grieux...
Quel amour ?

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Extraits…

 

Ma vieille chemise de montagnard est élimée au cou, jusqu’à la toile, et au coude, jusqu’à la trame. Mes pantalons qui datent du siècle dernier, époque où j’avais encore un peu d’embonpoint, pochent et pendouillent sur mes jambes maigres. Quelques orteils dépassent de mes charentaises.  Mon crâne s’est désertifié, et sur mon visage détruit, la peau s’est ravinée, les paupières se sont alourdies et affaissées, les joues sont tombées, entraînant les coins de ma bouche dans une perpétuelle convulsion de mépris ou de morgue, mes yeux ont perdu tout éclat : ce sont, derrière les verres sales, deux falots délavés, froids et glaireux, perdus dans la grisaille d’une vie qui s’en va.

 

**

 

Puis nous avons fait connaissance, c’est-à-dire que nous avons rempli les cases des ordinogrammes « Marianne » et « Jean-Marc » avec les révélations consenties, les approximations et les ajustements d’usage… Chacun confiait les renseignements qu’il voulait donner, de la façon qu’il jugeait préférable ; les mots, les sourires, les gestes portaient chacun une fraction du message, ces fractions étant parfois analogues, parfois complémentaires, parfois contradictoires. L’autre recevait la confidence et lui donnait le sens et l’importance les plus conformes à ses idées - souvent préconçues -, à ses intérêts du moment, ou à venir. Chacun travaillait à sa propre histoire, il en est toujours ainsi.


**

 

J’avais écrit quelque part :

« Voilà la femme, nue, allongée sur un lit défait. Son corps est maintenant dévoilé. Regarde-la. Elle est pâle et belle.

« Ses cheveux qui brillent sous la lampe auréolent un visage d'ange. Mais ne la réveille pas. Ils deviendraient remous de crinière chevaline, mèches éparses de pythonisse où se tordraient les serpents de la Furie.

« Sa bouche est détendue, apaisée, à peine entrouverte. On y devine des perles argentines. Déformée par un rictus amer, elle dévoilerait des dents de goule, noires encore de sang humain.

« Ne la réveille pas, elle te tuerait. Au contraire, approche-toi sans bruit, et, d'un coup formidable, déchire sa poitrine avec un poignard acéré, fouille et fouaille, plonge tes mains dans ses entrailles, arrache son cœur de chienne, et déchiquette-le avec les dents. »