Connexion

KAZANZAKIS : LETTRE AU GRECO


NIKOS KAZANZAKIS (Lettre au Greco)

 

- (En Crète, non pas « va jusqu’où tu peux », mais) Va jusqu’où tu ne peux pas !

- Tant que je vivrai il vivra aussi avec moi, personne au monde ne se souvient plus de lui, nous mourrons ensemble.

- Nous ne pouvons pas changer la réalité, changeons donc l’œil qui voit la réalité.

- Le délire est le grain de sel qui empêche le bon sens de pourrir.

- La souffrance est le plus grand des guides qui transforment la bête en homme.

- La jeunesse qui est blessée par la vérité (…) n’accepte aucune concession et refuse tout par orgueil.

- Le bonheur est un oiseau apprivoisé qui vit dans notre cour.

- Messages du Christ (connu) et celui d’d’Homère : Sois fort, aime le vin, la femme et la guerre ; tue et fais-toi tuer pour maintenir très haut la dignité et la fierté de l’homme…

- En vérité, la mort nous ne pouvons pas la vaincre, mais la peur de la mort nous le pouvons.

- Ah ! Religion rouée qui repousse les récompenses et les châtiments dans une vie future, pour consoler les esclaves, les lâches, les opprimés, pour qu’ils puissent supporter sans gémir cette vie terrestre, la seule certaine, et baisser patiemment la nuque devant les maîtres ! (…)

- L’espérance métaphysique m’est apparue comme un appât où un homme véritable ne consent pas à mordre. (…) L’amour, avant le Christ, était une pomme vermeille. Avec le Christ, le ver est entré dans la pomme et il la ronge.

- Dans la bonté et la compassion, il y a deux êtres : celui qui souffre et celui qui a pitié de celui qui souffre. (il n’y a pas identité)

- (la Juive) Tu fais de la beauté avec notre souffrance (…). Maudite soit la beauté, si elle fait oublier à l’homme la souffrance des hommes.

- Ce que nous n’avons pas assez désiré, c’est cela que nous appelons inexistant. (…) Car, en croyant passionnément quelque chose qui n’existe pas encore, nous le créons ; ce qui n’existe pas, c’est ce que nous n’avons pas assez désiré, pas assez arrosé de notre sang pour qu’il puisse prendre des forces, et franchir le seuil ténébreux de l’inexistence.

- (Panaït Istrati) Un homme véritable – chaud, plein d’absurdités, une pelote d’espérances et de désillusions.

- Ne criez pas, ne pleurez pas, pour ne pas soulager votre peine !
- L’important est seulement que l’on soit tourmenté ; de trouver une occasion de se tourmenter, c’est-à-dire d’exercer son esprit. D’empêcher la certitude de vous abrutir, de trouver devant soi une porte close et de s’efforcer de l’ouvrir. (…) Je ne peux pas vivre sans incertitude.

 

« PROPHÉTIES »

- À quoi sert une Terre pareille, avec ses femmes impudiques et ses hommes qui ne croient à rien, avec ses infamies, ses injustices et ses maladies ? Pourquoi vivent-ils, tous ces marchands rusés, ces coupe-jarrets sanguinaires, ces prêtres qui vendent Dieu à la sauvette, ces souteneurs et ces infirmes ? Pourquoi grandissent-ils, tous ces enfants, et s’installent-ils à leur tour à la place qu’occupaient leurs parents dans les tavernes, les usines, les lupanars ?

- Toute cette matière empêche l’esprit de passer. Tout l’esprit qu’elle avait, elle l’a dépensé à créer une civilisation brillante : idées, religion, arts et techniques, science, action. Maintenant elle s’est éventée. Que des barbares viennent donc déblayer la route obstruée, ouvrir un nouveau lit pour que le torrent de l’esprit puisse s’écouler ! (…) (et il en sera toujours ainsi)  Des foules tyrannisées se lèveront et la Faim et la Chimère, ces deux forces qui commandent aux âmes, se mettront à leur tête. (…) Il n’y a pas de fauve plus affamé et plus avide qu’une idée nouvelle. (…) Il crie, il donne des mots d’ordre : justice ! bonheur ! liberté ! et encourage ses camarades. Et personne ne connaît le terrible secret : la justice, le bonheur et la liberté s’éloignent toujours davantage. (…) Le combattant ne s’intéresse pas à l’homme, il s’intéresse à la flamme qui brûle l’homme. Sa marche est une ligne rouge. Elle seule m’intéresse au monde, quand bien même je devrais la sentir traverser mon crâne, le transperçant et le brisant. J’accepte, dans un libre consentement, l’inéluctable.

- Les Crétois ont bien raison de dire que la pauvreté, le dénuement ne sont rien pourvu qu’on ait une bonne épouse J

 

HOMMES

J’aimais les hommes, mais de loin. Quand quelqu’un venait me voir (…) pendant un bon moment j’étais joyeux, (…) mais si la rencontre et la discussion duraient trop longtemps, je me retirais en moi-même et je désirais violemment être seul. Et les hommes sentaient que je n’avais pas besoin d’eux, que je pouvais vivre sans leur conversation, et ils n’ont jamais pu me le pardonner. (…) … et si je ne trouvais pas d’hommes d’élite, alors fréquenter les gens simples. (…) Je fais semblant de croire à leur visage, et c’est ainsi que je peux vivre avec les hommes. (…) Je n’en ai pas aimé beaucoup, soit que je ne les aie pas compris, soit que je les aie mésestimés, peut-être aussi que le hasard ne m’en a pas fait connaître beaucoup qui aient valu la peine d’être aimés.

 

À PROPOS DE NIETZSCHE : «  le prophète ennemi de Dieu », « grand martyr athée», « le prophète sauvage », « le père désespéré de l’espérance », « l’assassin de Dieu », qui a poussé « le cri perçant d’un épervier sauvage », « le prophète disciple de Lucifer », etc

- Ce rebelle avait un charme secret, ses paroles étaient un sortilège envoûtant qui étourdissait, enivrait mon cœur et le faisait chanter. Et vraiment sa pensée est une danse dionysiaque (…). J’admirais sans le vouloir sa tristesse, sa vaillance et sa pureté, et les gouttes de sang qui éclaboussaient son front, comme si lui aussi, l’Antéchrist, portait une couronne d’épines.

- La morale qui règne aujourd’hui est une œuvre d’esclaves, c’est une conjuration ourdie par les faibles contre les forts (…). Les esclaves ont renversé les valeurs avec une rouerie intéressée : le fort est mauvais, le malade et le faible sont bons.

- Je voyais pour la première fois que nous sommes la flûte de roseau d’un berger invisible et que nous jouons l’air qu’il souffle en nous, et non pas l’air que nous voulons jouer.

- Où est le plus grand danger ? C’est cela que je veux. Où est le précipice ? C’est vers lui que je fais route. Quelle est la joie la plus virile ? C’est d’assumer la pleine responsabilité.

- Les plus irréfléchis disent : le bien et le mal et le mal sont ennemis. D’autres montent un degré plus haut et disent « Le bien et le mal sont complémentaires ». Et d’autres, embrassant d’un regard total le jeu de la vie et de la mort sur cette écorce de la terre, jouissent de l’harmonie et disent : Bien et Mal ne sont qu’un.

 - Jamais je n’avais ressenti avec une telle stupeur que la haine, passant successivement par la compréhension, la pitié et la sympathie, pouvait devenir amour. (à propos de ses sentiments pour Nietzsche)