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DE MIEL ET DE SANG

Bandeau : Dessin de Sylvie Aucouturier (http://graphethik.com) - Femme bleue.
Photo : 1° de couverture.

DE MIEL ET DE SANG , 240 pages, roman.

« Les plaisirs du monde, pareils au miel sur le tranchant d'un rasoir » dit un poète indien…


D’un voyage au Maroc, Angeline revient éprise. D’un pays ? D’un homme ? De sensations nouvelles ? Des rencontres qui remettent en chantier son passé et bouleversent son avenir, et celui de quelques autres personnes.

Pour recevoir ou offrir un des ouvrages, envoyez 13 € (port compris en France métropolitaine) pour un seul ouvrage, et 11 euros pour les autres (s'ils sont groupés dans le même envoi), votre adresse et éventuellement le nom de la personne à laquelle doit s'adresser la dédicace, à :
- Francis Boulbès, Le Malcheptel 23420 - Mérinchal (juin à septembre) ou 8 rue Blatin, 63000 - Clermont-Ferrand (reste de l'année)

Pour tout autre renseignement, contactez-moi : francis.boulbes@gmail.com


Un jour - quel âge avait-elle ? cinq, six ans ?- sa mère lui a appris que chaque enfant est accompagné d'un ange gardien. Cet ange est toujours perché sur son épaule : il voit tout ce qu'on fait, on ne peut rien lui cacher. Et si on se rend coupable d'une mauvaise action, il va aussitôt le dire au Bon Dieu. Il est là aussi pour protéger l'enfant : rien ne peut lui arriver tant qu'il mérite sa protection... La famille était à table ; le père a approuvé, donnant à cette étonnante révélation le poids de la vérité absolue. Et la nuit, il dort ? a demandé le grand frère Didier. Il ne dort jamais, a dit le père.

**

Une foule compacte se presse autour d'un bonimenteur. Ils se mêlent au cercle des badauds. Il n'y a là que des hommes. Angeline sent peser sur elle des regards lourds. Elle est encadrée par deux grands Berbères, Philippe est derrière elle, tout proche. Le charlatan déclame avec des outrances de la voix et du geste une manière d'épopée. Il a traversé le Sahara, souffle Philippe à l'oreille d'Angeline, bravé les animaux sauvages et rapporté d'Afrique un produit miraculeux. Il a rapporté aussi deux énormes serpents. Il empoigne les reptiles et court autour du cercle en les brandissant à hauteur des visages. Quand il passe devant Angeline, elle a un mouvement de recul qui la presse contre Philippe. Celui-ci ne se dérobe pas. Elle a l'impression que les deux Berbères se sont aussi rapprochés. Elle sent dans son cou le souffle de Philippe. Il a posé les deux mains sur ses épaules. La chaleur est oppressante. Une odeur d'homme, des effluves de sueur et de suint se mêlent aux senteurs des épices, des brochettes, des parfums d'orient. Le cœur d'Angeline cogne dans sa poitrine. Elle se retourne : Philippe a le regard grave, le souffle court. Partons, dit-elle, j'ai trop chaud.

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Le calme à nouveau, puis un nouveau passage, une longue caresse, puis le calme, à nouveau.  Déjà un feulement rageur d'impatience contenue. Un volet claque sous les toits. J'arrive, dit Angeline... Elle enfile un chemisier, descend l'escalier. Pour l'accueillir, le vent a forci : la lourde porte d'entrée est plus légère à ouvrir, plus lourde à refermer. La lune s'est levée, aussi. Elle descend les marches du perron, en déshabillé blanc, s'enfonce dans le parc, disparaît dans le taillis... La tramontane souffle en tempête maintenant. Aux confins du parc de La Borderie, Angeline s'allonge sur le sol et se confie, petite, aux racines d'un vieil orme, rugueux et fort, pour recevoir du vent, qui gonfle ses vêtements, remonte le long de ses jambes jusqu'à son ventre et ses seins, pour recevoir du vent la caresse furtive, et la fraîche morsure. Qui l'aurait suivie serait pris de frissons en découvrant sur ses lèvres un sourire inconnu : celui de Sainte Thérèse quand l'ange enfonçait en son sein le « dard qui (la) pénétrait jusqu'aux entrailles », le sourire de la transverbération.