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LE MATRIARCAT EST-IL LA SOLUTION ?

MATRIARCAT BERBÈRE

 

http://metatv.org/matriarcat-berbere-maure-beydane-face-a-lislam-plus-tu-as-de-maris-plus-tu-es-respectable

 

LES MOZO DU LAC LUGU


 

 

Je voudrais parler des Mozo du lac Lugu (Haut Yang-Tse). Cette tribu vit en société matriarcale. Le groupe familial est constitué de frères et de sœurs, qui deviennent respectivement oncles et tantes, quand naissent des enfants, les sœurs pouvant aussi devenir mères, grand-mères. Il est soudé par l’amour familial et l’intérêt matériel, comme ailleurs, mais, particularité essentielle, le sexe en est exclu. Le frère joue le rôle de mari et de père, sauf dans le déduit. Seules les femmes travaillent vraiment. La matriarche concentre la totalité du pouvoir domestique, et tient les cordons de la bourse. Les hommes se roulent les pouces. Ils lancent un hameçon dans le lac, ils gardent les enfants de la sœur lorsque la grand-mère est occupée ailleurs… On ne fait appel à eux que pour donner exceptionnellement un coup de main - pour les récoltes, les travaux de construction - et bien sûr pour le sexe. Non pas pour la procréation, mais bien pour le sexe. Le mot père n’existe pas dans la langue mozo. D’ailleurs, on ne sait pas toujours qui est le père biologique. Il fait partie des quelques mâles qui viennent traîner le soir sous la fenêtre, attendant que la femme choisisse, et désigne l’un d’eux, pour une visite qu’on qualifie joliment de furtive. Celui qui n’est pas appelé va tenter sa chance sous une autre lucarne. Il doit arriver après le coucher du soleil et devra repartir avant l’aurore, toujours par la fenêtre, pour rejoindre sa propre famille. Se jurer fidélité est une hérésie, et une mauvaise action. Les jaloux sont montrés du doigt. Les plus belles filles sont les plus courtisées, comme partout, mais chacun trouvera son bonheur et même, avec la patience, la possibilité de passer une nuit avec la femme des ses rêves : il n’est pas rare qu’une jeune fille essaye tous les garçons du village … Le plus souvent, des couples définitifs finissent par se former : le compagnon pourra rendre visite, de façon officielle cette fois, de temps en temps, mais en aucun cas devenir un mari. Il ne sera même pas présent à l’enterrement de sa compagne : il ne fait pas partie de la famille. C’est le rôle de ses proches de le consoler de son chagrin. Notons aussi que le patrimoine familial est uniquement collectif, et se transmet ainsi, de génération en génération, sans conflit possible. Je suis, pour ma part, béat d’admiration devant ce chef d’œuvre sociologique. Regardez-moi ces sauvages qui ne connaissent ni la solitude, ni la pénurie sexuelle, ni la jalousie, ni les mariages d’intérêt,  arrangés ou forcés, ni la prostitution, ni l’ennui des vies à deux, ni l’adultère, ni les querelles de ménage, ni la violence conjugale, ni les drames familiaux, ni le divorce, bref qui ont réussi ce prodige : séparer l’amour du quotidien - peut-être même l’amour du sexe. Le pire est que nous n’avons aucune excuse : impossible d’incriminer Jésus-Christ, pas plus que nos ancêtres les Gaulois. Simplement, nous n’avons pas eu de chance. Le génie qui a construit les bases de ces sociétés n’est pas né chez nous. On a sans doute les génies qu’on mérite.

Je n’ai jamais été prêt à perdre certaines facilités que dispense notre société technologique - pouvoir aller chez les Mozo, par exemple - pour revenir à l’état sauvage. Mais j’aurais voulu naître Mozo. Disons, j’aime à le penser... Pour comprendre que séparer l’amour du quotidien était ma seule chance d’atteindre un semblant de repos, combien j’ai dû souffrir et faire souffrir ! Et parfois, je ne peux m’empêcher de penser aux bienheureux locataires de ces paradis lointains.